PAS DE FÊTE POUR LES PAPAS !!

Quand le prix du divorce est la destruction de la paternité

Il y a trois semaines nous avons parlé des mères qui sont privées de leurs enfants pour avoir voulu se séparer de leur conjoint. Aujourd’hui, nous allons donner la parole aux pères, encore plus nombreux, qui non seulement sont privés des leurs, mais se retrouvent souvent victimes d’accusations mensongères monstrueuses qui vont souiller pour toujours leur paternité.

Par O.ODINETZ

Paris, le 18 juillet 2004 - La fête des pères ! La fête des guerriers de tous les jours, des héros des batailles du quotidien. Papa, super-papa, spider-papa, wonder-papa, cyber-papa ! C’est le dessin maladroit – magnifique gribouillis qui attendri les systèmes nerveux les plus résistants, la cravate assortie, les chaussettes de foot, les pantoufles, les gants de jardinage, le polo un peu trop petit (dis maman, il n’a pas grossi un peu, papa ?), les après-rasage-parfum-déodorant, le gâteau au chocolat un peu bruni des petites filles, les décorations de fleurs sur la table. Fin juin, ce sont les roses. « Papa, tu m’emmène au cinéma ? Tu viens voir le match de foot ?.... on va se promener ?... on joue aux cartes ?.... ne rentre pas dans ma chambre, c’est une SURPRISE ! »

Mais pour combien de pères, la surprise - c’est la chambre d’enfants vide, le téléphone qui ne répond plus, la lettre sur la table qui dit adieu à tout jamais, la mère qui ne revient pas de voyage, qui part là où il ne sait pas. Partie, enfuie, disparue avec son enfant, son petit garçon qui n’avait pas encore toutes ses dents et à qui il venait tout juste d’apprendre à faire pipi debout, sa fille à qui il racontait une histoire à chacune des rares nuits qu’elle passait dans sa maison.

Il y a aussi la vraie, l’horrible, l’ignoble surprise, de cette phrase abjecte dans une bouche en uniforme : « Monsieur, veuillez nous suivre, vous êtes en état d’arrestation !  Nous avons ordre du procureur de vous amener au commissariat. Vous êtes accusé de maltraitance, d’attouchements sexuels et sans doute de viol sur la personne de votre fils ». Le père ne comprend pas. Oui, il est séparé de sa femme depuis un certain temps ; oui, cela ne marche plus très bien. Ils ne se parlent plus. Sa belle-mère est une vraie sorcière et c’est elle qui doit être derrière tout cela. A chaque visite, c’était toujours l’angoisse de savoir si l’enfant sera là.

Mais la surprise, ce jour-là, ce sont les menottes, pire qu’un coup de couteau. Le regard effrayé des voisins. Le père ne comprend pas. C’est pour lui ? C’est sûrement une erreur. Il doit s’agir d’une autre personne, un assassin, un délinquant, un pédophile, un vrai salaud, une ordure. Pas lui. Son enfant a trois ans, il l’adore. Mais c’est bien son nom, son adresse. Comment prouver la machination ? L’homme se souvient vaguement de ses leçons d’éducation civique. « Les droits de l’Homme, la constitution française, le code Na-po-lé-on, la présomption d’innocence-est-le-fondement-du-droit-français ! ». Pas en matière de crimes sexuels, Monsieur ! « Je suis innocent ». Vous aurez tout le temps pour le prouver ! En attendant, le droit de visite est suspendu.

Il a suffit d’une dénonciation anonyme, d’une avocate spécialisée dans les fausses allégations et les fuites préparées à l’étranger de mères qui veulent se débarrasser une fois pour toute d’un homme devenu gênant, encombrant, irritant, pour tout faire basculer, pour détruire une paternité. Une sale dénonciation qui pue la haine et le mensonge, comme celles qui ont envoyé des milliers de gens dans des wagons plombés.

Les pères accablés s’effondrent, se taisent ou se révoltent. Mais tous, ils souffrent et n’oublient pas. Ils attendent tous le jour de la vraie fête des pères.

Myriam a trois ans, quand ses parents se séparent. Six mois après, sa mère disparaît avec elle. Affolé, son père les cherche partout, et brusquement, un mois plus tard il apprend qu’il est accusé par la mère de viol et d’attouchement sur son enfant par son ancienne épouse. Tous ses droits parentaux lui sont immédiatement supprimés. En état de choc, Christian s’effondre sous le poids de ces mensonges ignobles et n’arrive pas à se défendre correctement. Suivent des années de cauchemar, les insomnies des nuits blanches trempées de sueurs, la suspicion dans les yeux des autres. Ce sont de nouveaux amis qui vont l’aider à reprendre confiance en lui, l’obliger à se battre pour prouver son innocence mais surtout pour redonner à Myriam un père à la place du monstre que sa mère a introduit dans sa vie. L’enfant est en grande souffrance : baladée d’expert en expert, soumise à la pression par des adultes qui fouillent sans scrupule dans son intimité, changeant plusieurs fois de domicile dans la fuite de sa mère, elle présente des troubles psychologiques graves, dort très mal, mange à peine. Les procédures se multiplient devant les tribunaux. Les décisions partiales, le refus d’audition de témoins, des faux en écritures, la disparition de documents font vite comprendre à Christian que l’égalité parentale n’est pas de l’entendement de tous. Il faudra attendre 6 ans pour que la mère soit reconnue coupable de dénonciation calomnieuse, examen psychiatrique à l’appui. Le père n’est pas un pédophile incestueux. Mais Myriam souffre toujours dans son corps et dans sa tête. Elle refuse obstinément de voir son père. Au point rencontre, après trois ans, une assistante sociale déclare que le père est dangereux et demande de suspendre les visites. Devant le refus de la juge de couper ce dernier lien, la mère réussit à s’enfuir une nouvelle fois à l’étranger, malgré plusieurs condamnations pénales pour non représentation d’enfant. Depuis deux ans Christian n’a plus revu Myriam qui est quelque part au Canada.

Stéphane a 4 ans quand ses parents se séparent. L’année d’après, il passe son mois de juillet avec Vincent, son père, chez sa grand-mère, dans un petit village en Provence. En août, il embarque avec sa mère pour le proche-orient. Il ne reviendra jamais. Sa maman lui explique que son père était un monstre dangereux qu’ils doivent fuir. Elle change deux fois de nom, inscrit l’enfant dans une école religieuse militante. Pour Vincent, ce seront 15 procédures en 2 ans, sans aucun résultat, devant toujours le même juge, dans un pays en guerre, l’épuisement moral, l’hémorragie financière, les mêmes fouilles dans les aéroport sous surveillance. Pour vivre, il doit tous les jours épargner soigneusement ses forces pour ne pas perdre le fragile et indispensable équilibre entre le combat pour son fils, avec sa nécessaire gestion de l’émotion et de la souffrance, et les gestes du quotidien, la vie affective, professionnelle et familiale qui continue malgré tout, malgré elle, depuis ces 4 ans de silence dans l’attente du retour.

Alain, lui, n’aura passé que deux fêtes des pères avec son fils. L’algorithme implacable des 1ères, 2èmes et 3èmes semaines des visites judiciarisées ne lui sera jamais favorable pendant les deux années suivantes. Et quand Alain va passer quelques heures avec son fils dans un manège, sous l’œil sympathisant d’une assistante sociale, la semaine d’après, un psychologue zélé va refaire le parcours, chronomètre en main, pour reconstituer par anticipation une scène de crime qu’il se complait à imaginer. Le jour où la mère décida de s’approprier totalement l’enfant, Alain s’aperçut que ses droits parentaux, et son statut même de père ne tenait qu’à une seule parole – celle de la mère, qui n’hésite pas à dénoncer des crimes sexuels divers et variés. La cinquième fête des pères est immédiatement annulée. Les deux experts psychiatres commis par les tribunaux refusent même de lui parler. La mère est démasquée : elle a menti, elle a manipulé l’enfant, Alain est blanchi. Malgré les nombreux avertissements concernant les risques de fuite à l’étranger, un beau jour, elle va quitter tranquillement la France avec le petit garçon d’Alain. C’était à quelques jours de la 6 ème fête des pères. Dimanche, ce serait la 7 ème. Aucune nouvelle, silence, néant. Aux dernières nouvelles, il serait quelque part en Iran.

La petite Catherine a été kidnappée à l’âge de deux ans par sa maman. Quatre ans après, elle retrouve son papa et sa famille française. Objet en jeu renvoyé en appel, elle devra repartir dans le pays de sa maman 4 ans plus tard pour ne plus jamais revenir, plus jamais revoir ses parents paternels. Pour être sûre de saisir la petite fille sans aucun risque, la police va mettre le père de Catherine, en détention pour 28 heures, puis elle va chercher l’enfant par surprise chez ses grands parents, sans papier, sans vêtements, sans bagages et la place pour la nuit dans un foyer de l’ASE. Le lendemain, Catherine quitte le sol français sans avoir pu dire au revoir ni à son papa, ni à ses grands-parents ni à ses camarades de classe. Au revoir ? Non – adieu car depuis un an, c’est de nouveau le silence effrayant du téléphones, les promesses jamais tenues des hommes politiques, les tournées sociales des candidats en mal de bulletins de vote. Pour le père de Catherine, ce seront 11 voyages vers l’est, 11 plaintes pour non représentation d’enfant, 11 silences polis dans les ministères. Pas de fête pour ce père.

Bérénice et Sophie pleurent à chaque appel téléphonique de leur papa, pour revenir en France, pour revoir ce père qui leur manque et qui survit au fil des heures, dans l’attente de voir deux enfants descendre d’un train ou d’un avion, courir vers lui et se jeter dans ses bras en criant : « Papa ! »

Les années ont passé, Anna n’est jamais revenue. En l’arrachant à la moitié de sa famille, en brisant l’image de son père par des accusations ignobles, c’est l’enfance de sa propre enfant que la mère a mutilée. Aujourd’hui, Anna est une jeune femme presque adulte. Toutes les nuits, elle avale des comprimés pour repousser inlassablement les souvenirs de son passé. Pour oublier qu’elle a été forcée d’oublier ce père qui, elle le sait, ne l’oubliera jamais.

Il y a plusieurs dizaines d’années, de nombreux d’enfants ont été élevés dans l’absence d’un père disparu dans les combats guerriers. Au mur, il y avait alors une photo d’un héros posthume souriant, d’un père imaginaire à qui l’on pouvait parler dans ses rêves et qui, quelque part devait veiller son enfant - c’était pour lui évident. Aujourd’hui, pour des dizaines de milliers d’enfants, les héros de l’épopée familiale sont remplacés par des créatures monstrueuses, dont seuls les crimes peuvent justifier l’absence.

Comment peut-on vivre et grandir avec la certitude effroyable d’avoir été victime de son propre parent, d’être l’enfant de l’assassin de son enfance, quand l’histoire de l’ogre devient réalité et que votre propre mère vous a convaincu qu’elle l’a vu vous dévorer ? C’est cette question qui doit être posée aux juges, aux psychologues, aux psychiatres, aux avocats et aux responsables politiques ! « Vérité, véracité, ressenti… ». Si vous parlez autant de la parole de l’enfant, n’est-ce pas pour mieux nous masquer sa souffrance et votre incompétence à le protéger ?

Mesdames, Messieurs les avocats, jusqu’où devons-nous vous permettre de reprendre des mensonges quand ce sont nos enfants que vos discours vont mutiler ? Il est grand temps de nous interroger maintenant sur la parole de tous ceux qui ont contribué à priver en France, ce dimanche 20 juin, des pères de leurs enfants. Pour qu’ils se demandent à leur tour comment des enfants confisqués, orphelins par leur soin, peuvent-ils fêter ce jour des pères !

Olga ODINETZ

(Toutes ces histoires sont vraies, seuls les noms ont été changés Vous pouvez lire ce texte également sur www.seie.org)