Journal Le Pelerin Affaire Outreau : Faut-il juger les Juges ?


Editorial du 8 décembre 2005
 

par Paula Boyer (photo F. Gonin)

La loi du 15 juin 2000 sur la présomption d’innocence, qui a instauré l’appel des jugements des cours d’assises, vient une nouvelle fois de prouver sa nécessité.

Mais pour treize des accusés d’Outreau, ni leur innocence, désormais reconnue, ni les indemnisations exceptionnelles, ni les excuses officielles n’effaceront jamais l’injustice : les années de détention provisoire, les humiliations, la honte, les vies brisées…

Pour le reste des Français, ce désastre judiciaire incarnera désormais la profonde crise de confiance entre les citoyens et des institutions qui, censées aider et protéger, se révèlent arrogantes, aveugles et injustes. Puisque, de notoriété publique, elles peuvent broyer n’importe qui.

Il serait en effet trop facile de faire porter le chapeau au seul – et pitoyable – juge Burgaud. Son aberrante instruction de l’affaire d’Outreau, uniquement à charge, n’a été possible que dans le cadre d’une faillite généralisée. La police, la justice, les experts, les services sociaux sont des rouages indispensables de la société. Et il y aura toujours des policiers qui interrogeront des suspects, des juges qui décideront, in fine, de la liberté des accusés, et des travailleurs sociaux qui interviendront auprès des familles en difficulté.

Ce sont leurs méthodes qui sont en cause. Confrontée à ses fautes, la justice a d’ailleurs foncé vers l’acquittement des derniers accusés d’Outreau avec le même emballement qu’elle les avait entraînés vers le gouffre. « Aussi bêtement », a dit le P. Wiel.

Parce que, désormais, c’est la dictature de l’émotion en direct qui prime dans l’opinion, dans les médias, comme dans les prétoires, les prisons et les services sociaux. Ainsi, quotidiennement, dans des affaires moins graves qu’Outreau, moins médiatisées aussi, la présomption d’innocence est bafouée, la dignité des accusés ignorée, celle des prisonniers anéantie ; et des familles sont disqualifiées par les méthodes intrusives des services sociaux. Et tandis que des « cas graves » passent à travers les mailles du filet (en témoignent les affaires d’Angers et de Drancy), les signalements abusifs et les incarcérations injustifiées ne sont pas rares, par précaution !

La justice doit revenir à la raison et être rendue avec prudence dans le respect des personnes et la sérénité. C’est dans la sérénité, aussi, que devra se trouver un juste équilibre entre la volonté de sanction des juges fautifs et la nécessité de préserver leur indépendance. C’est dans la tranquillité enfin que tout l’appareil judiciaire devra se remettre en cause pour faire montre d’humilité, de respect, d’écoute.

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