Témoignage de Clarisse, une enfant manipulée devenue adulte

Je vous écris suite à la diffusion de l'émission "ça se discute" hier Mercredi 25 mai. J'avais déjà parcouru votre site au préalable mais je pensais que le combat que vous meniez ne me concernait pas tout à fait. Or après avoir entendu le récit de Marie Laurence au sujet de ses enfants je me suis reconnue : je suis une enfant manipulée devenue adulte.   

Aujourd'hui, ma santé psychologique est extrêmement fragile et cela se ressens au niveau physique ( avec de nombreux troubles psychosomatiques).

Mes parents n'ont jamais divorcé mais j'étais sous l’influence de ma famille paternelle, dans laquelle nous étions complètement "immergés", dans leur QG, dans leur monde. Mes parents habitent à 1 km de chez eux, dans le même village, et ont construit sur un terrain appartenant à mes grands parents, c'est dire le piège ! Mon père n'a jamais rien fait contre ma grand mère qui m'a monté subtilement contre ma mère et qui m'a fait rejeter et mépriser l'autre partie de la famille. Cela n'est pas aussi spectaculaire qu'un enlèvement après divorce mais les conséquences sont les mêmes. Elle m'a détourné de ma mère, en s'occupant de moi comme si j'étais sa propre fille ( ma mère travaillait) et en me lavant le cerveau. Elle disait à chaque fois que je faisais quelque chose :   « oh, tu fais ça comme Martine, comme Martine » comme Martine - qui est sa propre fille. Le message pour une enfant de 6 ans c'est :" je suis Martine" .   j'ai commencé à me comporter "comme Martine" et à changer tous les jours un peu plus c’est à dire à me perdre moi-même,   déjà que petite - l'identité n'est pas très construite à cet age !   Elle m'offrait des vélos, des poupées à profusion ( je ne demandais rien) et lors des communions ou autres fêtes en mon honneur lorsque le reste de la famille était là, elle avait toujours le plus beau, le plus cher bijou comparé aux autres. Cela m'attirait tout le temps. Je me suis détournée de ma mère et le lien est pratiquement rompu.

A l'adolescence, mon père a   pris le relais. Lorsque j'ai été "formée" il a commencé à me regarder avec de petits clins d'oeil "innocents", à faire de petites remarques gentilles ponctuelles pas bien méchantes " oh ça te va bien cette robe" ou il sifflait admiratif lorsque je m'habillais pour un mariage . J'étais très fière.   Puis, petit à petit, au fil des ans, il a commencé (surtout lorsqu'il s'est mêlé de mon orientation scolaire en traitant tous les dossiers d'inscriptions SEUL , ou en me précédant- je ne me suis pas méfiée je pensais qu'on partageait enfin quelque chose, ne serait-ce que ma passion pour mes études et qu'il ne voulait que mon bien) à devenir encore plus doux . Une crème. Puis les " oups, excuse moi" quand il entrait dans la salle de bain " par méprise" lorsque j'étais nue, ou les bisous rapides mais langoureux dans le cou lorsque je feuilletait le courrier ... et à table il me raconte ( à sa manière de patriarche régnant sur sa famille) : " les .... ( j'ai oublié le nom de la tribu) , ils couchaient la première fois avec leur fille …" ( quand mon père dit quelque chose, c'est une règle qui s'applique).   Là, je me suis enfuit.   Aujourd'hui j'en suis là à ne pas m'en sortir, ni du stress, ni des angoisses, ni de cette tension intérieure insupportable. Je deviens folle. J'étais d'une froideur avec ma mère, je préférais ma grand mère quand j'étais petite mais jamais je ne l'ai enlevée de mon coeur.   J'étais complètement manipulée, je le suis toujours, car dès que je reviens dans cette famille, je me perd, je redeviens cette   fille apparemment épanouie mais complètement infantilisée, incapable de penser par elle même à l'intérieur, totalement à leur merci.   Ce qu'a dit Marie-Laurence est très juste, lorsque JLD lui a souhaité que cela s'arrange avec ses enfants . Elle a dit " je suis très pessimistes, car pour que ces enfants s'en sortent, il faudrait qu'ils rencontrent des personnes formidable, qui les accompagnent qui leur redonne confiance en eux et qu'ils réapprennent à penser par eux même ".   Je suis une de ces enfants et effectivement je cherche cette personne formidable qui pourrait m'amener vers cette "repentance". Mais j'ai le sentiment, que même si je suis prête à assumer mes paroles, mes actes, même ceux sous emprise, j'aimerais une personne qui comprenne que j'étais sous influence.   Merci de m'avoir lue. Si vous pouvez faire quelque chose pour moi ne serait ce que des conseils pour un thérapie, ou tout simplement une écoute, répondez moi ! Merci.  

Message à toutes les mères qui vivent cet enfer, je peux vous le dire : "vos enfants vous aiment : même s'ils sont infectés, ce ne sont pas eux qui parlent"

Jeudi 26 mai 2005. CLARISSE.

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