Roland Broca : psychanalyse et psychiatrie pour le droit à la santé mentale.

Roland Broca : psychanalyse et psychiatrie pour le droit à la santé mentale.

Le Docteur Broca nous a accordé plusieurs entretiens pour nous parler de la place des enfants et de l’enjeu qu’ils représentent dans les séparations parentales, à partir de son expérience de psychiatre et de psychanalyste. Il nous fait état, avec les paroles de son métier et de son engagement citoyen pour le droit à la santé mentale, de ses réflexions à partir de son expérience dans cette approche clinique des pathologies de rupture. Connaître son parcours professionnel nous permet de mieux comprendre la construction de son expérience et de sa pensée


En 1962, à la fin de ses études de médecines, au début des années 60, Roland Broca commence une formation psychanalytique avec le docteur Lacan, avant même de démarrer sa spécialité en psychiatrie. Cette formation psychanalytique avec le Docteur Lacan va se dérouler sur plusieurs années avec des analyses appelées à l’époque des analyses didactiques.

Sa première expérience professionnelle institutionnelle (1965-1968) sera une grande aventure médicale, à l’hôpital des enfants malades, dans une expérience assez originale menée par le professeur Jenny Aubry, psychiatre, professeur de médecine des hôpitaux, qui avait elle-même une formation de psychanalyste qui lui venait du professeur Lacan. Elle s’intéressait aux difficultés précoces que pouvaient présenter des enfants - dès le stade nourrisson – en relation avec les difficultés parentales, sans qu’il y ait forcément rupture des liens parentaux ou conjugaux. Elle s’était rendue compte que les difficultés que présentait l’enfant nourrisson, qui pouvaient être des difficultés somatiques, avec un risque parfois vital, étaient déclanchées par des troubles de l’un des deux parents ou du couple conjugal de manière générale.
Par exemple, une dépression du post-partum chez la mère pouvait engendrer des répercussions sur le nourrisson, jusqu’à le mettre en situation de difficultés majeures d’ordre viscérales. D’autres difficultés pouvaient être reliées à un deuil dans la famille de l’un des deux parents, notamment chez celle de la mère, ou bien à un conflit conjugal. L’approche clinique développée par l’équipe médicale, révolutionnaire pour l’époque, consistait donc à travailler avec les deux parents, dans un service de pédiatrie qui accueillait de très jeunes enfants en difficultés somatiques ou psychosomatiques, afin d’identifier le problème de la relation précoce parent-enfant qui aurait pu occasionner le désordre que l’on observait chez le nourrisson, avec l’hypothèse que les enfants réagissaient de façon très forte à un état psychologique de l’un de deux parents ou du couple.

Un changement de direction mit brusquement fin à cette expérience de l’approche clinique du lien menée à l’hôpital des enfants malades, avec un retour à la pédiatrie classique, mais il continue à travailler dans ce domaine de la pathologie du lien dans le cadre d’une consultation d’enfants dans le 14° arrondissement. Il exerce également dans des institutions accueillants des enfants en difficultés, CMPP, CMP, IMPI IME ; IMPRO, et autres secteurs de la protection de l’enfance en difficulté, toujours parallèlement avec une activité psychanalytique privée. En 1970, il rejoint de nouveau le milieu hospitalier pour exercer dans le cadre d’une psychothérapie institutionnelle. Cette période est fortement marquée par le « mouvement désaliéniste », soubassement politique de la révolution psychiatrique de l’époque, qui préconisait la démocratisation des relations entre les usagers et les équipes soignantes.

Il continue à exercer son métier de psychiatre généraliste et de psychiatre pour enfants en milieu hospitalier jusqu’à 2005, toujours en parallèle avec des consultations en psychanalyse.

Roland Broca résume son parcours professionnel en distinguant deux étapes dans la construction de son expérience et de sa pensée : « dans la première partie de ma carrière je me suis beaucoup occupé de problèmes de parentalité et de maternologie, puis dans un deuxième temps, j’ai pratiqué la pédopsychiatrie et j’ai été amené à traiter des problèmes de pathologie du lien, auxquels j’étais confronté dans le cadre de ma pratique de psychiatrie générale, aussi bien chez les adultes, côté parent, que du côté enfant. Finalement, c’était les mêmes situations qui se présentaient sous des angles différents.»

Il a dirigé le Diplôme Universitaire de « prévention et traitement des conduites de violences privées et institutionnelles » à l’Université Paris II. Depuis quelques années, il examine des situations de rupture de liens en qualité d’expert, à la demande de magistrat des affaires familiales. Son activité dans ce domaine est de plus en plus importante, du fait de l’augmentation constante de la demande judiciaire sur des dossiers complexes.

Président de la Fédération Française de Santé Mentale, Roland Broca s’est engagé publiquement depuis maintenant 30 ans de façon très claire dans tous les débats politiques concernant la place et les moyens de la psychiatrie. Fort de son expérience de travail en milieu hospitalier ou carcéral, il a toujours défendu le droit à la santé mentale, en dénonçant tant dans la presse que dans le cadre de commissions d’enquêtes parlementaires, la faiblesse des politiques, les manques de moyens et des pratiques inadaptées.


Psychanalyste
Psychiatrie générale et psychiatrie infanto-juvénile
Médecin des hôpitaux honoraire
Expert judiciaire auprès du Parquet du Tribunal de Grande Instance de Paris et médecin coordinateur pour le suivi socio-judiciaire en matière de délinquance sexuelle
Auditeur de l’Institut National des Hautes Etudes pour la Sécurité Intérieure (INHESI) concernant la prise en charge des personnes âgées et les précurseurs chimiques des produits stupéfiants.
Consultant à la Protection Judiciaire de la Jeunesse.