Ils se disputaient parfois, mais rien de terrible, ça pouvait aller. Lui n’était pas très présent et elle plutôt soumise et pas assez sévère avec ma sœur, mon frère et moi. J’avais 14 ans , Karine 16.
Il nous avait demandé de venir dans la chambre avec lui car il avait des choses importantes à nous dire. Ils nous a parlé pendant des heures, elle l’avait trahie – lui le père travailleur – NOUS avait TRAHIE ! Il nous a parlé de son adultère avec son meilleur ami à lui. Chose impensable. Il a pleuré, nous a supplié de l’aider et surtout de l’aimer car il était désespéré. Les jours suivants, il nous a appris à la haïr. Lui l’a frappée, devant nous, l’a insultée. Un mois, deux, je ne sais plus combien de temps ça a pu durer. Mon frère, 11 ans à l’époque, restait de son côté à elle. Quel courage !
Il nous a dit qu’il voulait qu’elle parte, mais qu’il n’avait plus la force de lui dire de partir. Alors Karine et moi avons donc fait deux sacs plastiques avec ses affaires et le soir, quand elle a voulu rentrer, nous avons bloqué la porte. Elle a pleuré, supplié, puis a pris ses sacs et est partie.
J’ai mis environ deux ans à vouloir la revoir. Elle, entre-temps a du payer pour le restant de ses affaires, a du payer aussi pour nos « dépenses ». Lui pendant ces deux années, il a fait ses crises. Il s’était procuré une arme et on peut dire qu’il a joué avec. Ma sœur a rencontré un garçon alors et était pratiquement toujours chez lui. Mon frère était parti depuis le début vivre avec elle et mon père ne voulait pas de contact avec lui. Je ne sais pas comment expliquer ce que je ressentais à l’époque, je crois que c’était LA HAINE qui m’a fait tenir debout chaque jour.
J’ai repris contact avec ma mère, non pas parce que je désirais la revoir, mais parce que mon père s’était installé chez sa nouvelle amie et ne passais dans l’appartement que pour les factures et me laisser de quoi survivre. J’ai renoué par dépit, manque d’argent, pas de quoi payer un docteur, parce que le restant de la famille « paternelle » fermait les yeux sur ma situation, mais n’oubliait pas dans tous les cas de cracher sans cesse sur elle.
Du jour au lendemain, elle n’avait plus de filles, plus de meubles, plus d’amis, plus de boulot et peur des menaces de son ex-mari, peur des menaces accompagnées d’une arme. J’ai été agressive, méchante, froide, méprisante pendant au moins 10 ans avec elle.
Et puis j’ai eu ma fille, j’ai compris ce qu’est la peur de perdre son enfant, et compris son comportement à elle pendant toutes ces années.
Il m’avait appris à être égoïste, haineuse, agressive. J’ai raté ma vie scolaire, ma vie de jeune fille. Raté. C’était son mot à lui quand on se disputait. J’étais « une ratée comme elle ! ». Aujourd’hui, quoi dire ? Je suis mal dans ma peau. Je leur en veux à tous les deux. Je m’en veux. J’ai de la HAINE dans le cœur, je ne suis pas normale. Je suis trop sensible et trop dure à la fois. Je suis mariée, 3 enfants, ai un mari formidable, mais je ne me sens pas à la hauteur face à lui. Je me dit que tout va s’arrêter un jour, car je ne « mérite » pas ce bonheur. De toute façon, il me fait peur ce bonheur.
Je voudrais revenir à ce jour-là, ne pas l’écarter lui, et la prendre dans mes bras et lui dire : « ne t’en fais pas, petite maman, je serais toujours près de toi ».
Christel.
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